Groenland
juin à sept. 2001
Aquarelles (France Pinczon du Sel)
Photos (Eric Brossier)
see also Groenland 2000
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Vagabond est arrivé le 30 septembre en Bretagne
Saint-Quay-Portrieux,
le 6 octobre 2001,
Alors que nous quittons Ammassalik, le 5 septembre,
un kayak bi-place arrive à notre hauteur. C'est Lonnie Dupre et son
coéquipier qui terminent le premier tour complet du Groenland par
voie maritime. Le bonheur de la réussite se lit sur leurs visages,
nos félicitations sont unanimes, Christian échange quelques mots plus
techniques avec eux, bravo. Nous faisons le plein d'eau dans le fjord
voisin habituel, y passons la nuit, et nous rendons à Tiniteqilaq
pour une dernière escale. Max nous y attend pour acheter deux pagaies
et une combinaison de kayak à Christian et François. Nous lui offrons
aussi quelques accessoires utiles et impossible à trouver sur place,
c'est un dernier échange d'amitié avant de se séparer du Groenland.
Pour ce retour vers l'Islande nous sommes 9 à bord : aux kayakistes
et à nous deux se sont joints Swad, Christophe et Pierrot qui vont
nous accompagner jusqu'en France, Clifford qui arrive tout droit de
Madagascar, ainsi que Nicolas qui vient de marcher quelques jours
autour d'Ammassalik.
Premier jour de navigation, une myriade de baleine accompagne Vagabond,
5 d'entre nous sont perchés dans le mât (nid de pie, barres de flèches)
pour bien les observer. Magie de leurs derniers saluts avant de sonder
dans l'eau tranquille.
La suite de la traversée s'avère moins calme : coup de vent pendant
3 jours et quelques soucis d'eau de mer qui entre par un évent dans
les réservoirs (évent que nous boucherons par la suite), mais aussi
par le hublot de la douche. La coque aurait-elle travaillée au point
de déformer légèrement le cadre du hublot ?
Reykjavik nous offre enfin ses pontons, ainsi q'une tournée générale
à la piscine avec sauna et jacuzzi réparateurs dès notre arrivée.
Nous sommes le 11 septembre. A 13h, un homme interrompt notre repas
(fish & chips) pour nous annoncer les attentats aux Etats-Unis. Nous
avons du mal à réaliser, à mesurer l'événement, avant d'entendre des
infos en français, à bord, sur RFI.
Reykjavik, c'est aussi la belle petite fête à bord pour les 40 ans
de Christian, puis le plaisir des retrouvailles avec nos amis islandais
de l'an dernier. Nous passons une chaleureuse soirée chez eux et le
lendemain, Yohé, qui est pilote sur Icelandair, nous offre une magnifique
surprise : 1H30 de vol à bord d'un petit Cessna au dessus des geysers
et des chutes d'eau de Gulfoss. L'accueil et la gentillesse de nos
amis restent inoubliables.
L'actualité polaire bat son plein à se moment là. Tandis que nous
apprenons la rencontre de Michèle Demai, la marraine de Vagabond,
avec le voilier irlandais Northabout à la pointe Barrow, tous lancés
dans le passage du Nord-Ouest, nous rencontrons dans le port de Reykjavik,
Henk de Velde, qui vient de tenter le passage du Nord-Est avec son
bateau Campina (comme Vagabond, Campina et Northabout ont été dessinés
par Gilbert Caroff). Malheureusement, les russes ne l'ont pas autorisé
à passer, nous pourrions donc nous retrouver l'été prochain en Sibérie...
L'inattendu et la force du personnage rendent cet échange passionnant.
Au même moment, Harry Causer, ami de la famille Nordenskjold, nous
annonce avoir vu Vagabond au Groenland sur BBC TV !
La météo est à nouveau clémente, Vagabond reprend la mer, nous sommes
5 à bord, direction les îles Féroé. En chemin, nous relâchons aux
îles Vestman le 16 septembre pour quelques contrôles techniques et
un peu de tourisme. Malheureusement, une pluie tombe sans cesse durant
ces quelques heures d'escale !
Iles Féroé, 20 septembre. Malgré un très beau temps depuis 4 jours,
nous restons plus de quatre heures sur place à admirer la première
falaise, avec plus de 6 nœuds de courant de face, pour n'avoir pas
su lire les instructions nautiques inscrites en langue locale ! Alors
que nous approchons enfin, le fjord choisi répand jusqu'à nous toutes
ses fortes odeurs de terre, d'herbe fraîche, oubliées depuis trois
mois. La petite foule venue nous saluer, massée sur le quai, se déplace
pour accueillir un vieux bateau en bois rempli de moutons capturés
sur la petite île voisine. Il est cocasse de voir ces hommes, femmes,
enfants, tous crottés et la mine réjouie, attraper chaque mouton comme
ils peuvent ! C'est un moment important dans la vie du village, comme
la chasse à la baleine, rare, unique, traditionnelle, à laquelle nous
assistons par chance le lendemain. Nous rencontrons des hommes sereins
et serviables, et ces 24 h passées à Hvalba (île Suduroy) nous laissent
le goût d'un autre monde.
La météo annonce encore une suite d'anticyclones dont il faut profiter.
Exceptée la première nuit sans pilote automatique, un peu grippé,
la traversée s'enchaîne au rythme paisible des quarts, de la bonne
humeur générale, entre les Nouvelles Hébrides et l'Ecosse, puis jusqu'en
mer d'Irlande. L'équipage a du mal à croire qu'il se trouve en plein
mois de septembre dans ces régions habituellement dépressionnaires.
Nous envisageons alors une arrivée pour le samedi 29 septembre. Mais
"la mer, ce n'est pas comme le TGV !" nous dit Pierrot.
Les cartes météo annoncent un changement brutal, une escale de quelques
heures à Rosslare le 26 septembre (sud-est de l'Irlande) s'impose
pour souffler et laisser passer un front froid. Lorsque nous repartons,
à 2 jours de l'arrivée, 30 nœuds de vent et une houle bien formée
s'établissent face à nous, comme pour nous retarder. Pour éviter le
mal de mer, il faut s'occuper, nous avons trouvé un remède : écouter
France Inter toute la journée ! Le rendez-vous initial est raté, nous
trépignons en pensant à toute l'énergie dépensée par Paco pour préparer
notre arrivée.
Dernière journée magnifique, le vent a tourné, Vagabond toutes voiles
dehors fend la mer à 7 nœuds, le soleil brille et nous chauffe...
il reste moins de 100 milles nautiques avant Saint-Quay-Portrieux
! Chacun savoure ces instants radieux à la voile, partagés entre l'impatience
d'arriver et l'envie de retenir encore un petit peu le temps.
Dimanche 30 septembre, déjà nous apercevons la vedette qui approche,
les caméras pointées vers la coque rouge. Vagabond contourne la digue
du Port d'Armor à 15 h précises, accueilli par les klaxons, les cris
des amis, les bras des proches, les photos de ceux qui sont déjà revenus,
quelques journalistes et télévision... Nous sommes heureux d'être
de retour, d'avoir atteint nos objectifs, grâce à beaucoup d'entre
vous. A bientôt !



Ammassalik, le 3 septembre 2001,
Lundi 3 septembre, peu avant midi, Vagabond est de
retour à Ammassalik, après plus de 3 semaines d'expédition géologique
(Tectomagma). Quelques centaines de mesures et d'échantillons rapportées
par nos 5 géologues, des milliers d'images, des heures de film, des
souvenirs uniques partagés en équipe, toujours avec une pointe d'humour,
malgré les conditions difficiles : 9 nuits passées à la dérive, prisonniers
des glaces, des bancs de brumes soudains, un vent catabatique atteignant
50 noeuds, de forts courants, de la houle venant du large et ne faisant
pas bon ménage avec le pack...
Quelques bosses sur la coque du bateau, mais toute l'équipe va bien,
y compris Christian et François, récupérés sur l'île de Sondre Aputitek,
samedi 1er septembre, avec leurs kayaks. Conditions difficiles pour
eux aussi qui sont restés coincés 13 jours sur cette île.
Mon journal serait ici bien trop long... j'ai plaisir à laisser la
parole aux membres de l'expédition :
"Je ne me souviendrai pas seulement des réveils à 3 h sur le pont
givré, une perche à la main (collée par le froid !) dans la 'machine
à laver' (pack associé à de violents courants et une forte houle),
mais aussi des sereines heures immobiles dans les glaces, les affleurements
(roches) à portée de masse, inaccessibles..." (Gilbert, géologue)
"Le chant du styrène qui nuitamment nous fit aller à la perche, le
pastel des aubes, les glissades sur le gneiss (vieux granit) polis
par les glaces, la mesure profonde de l'Inlandsis dans la frange du
continent vert - vert épidote (sacré Erik [le Rouge]) - et les agapes
boréales à bord de Vagabond. Autant de souvenirs gravés plus profond
que les fjords." (Yanni, géologue)
"A Vagabond et aux vagabonds que vous êtes, je dis bravo pour ce que
vous faites et ce que vous êtes. Si Vagabond a souffert dans les glaces,
c'était pour une équipe de passionnés et c'est là sa véritable mission."
(Jacques, cameraman et photographe)
"Il n'y a pas 36 solutions pour transformer des conditions a priori
très défavorables à l'exploration scientifique, en succès final :
il faut être pugnace et courageux, et ne pas hésiter à s'engager malgré
les risques. Ce sont ces qualités que j'ai trouvé à bord de Vagabond.
Quand en outre, on rencontre compétence et bonne humeur, on ne peut
que recommander l'utilisation de ce bateau à des fins scientifiques.
La mission 2001 au Groenland Est aurait réellement pu se révéler catastrophique
(pack) et elle se termine en un bilan tout à fait honorable." (Laurent,
chef de mission)
"Comment oublier ces petits matins brumeux au milieu du pack déchaîné,
dompté par la puissance d'Eric et la douceur de France ! Que de moments
forts sur le pont et chaleureux dans le carré !" (Hervé, géologue)
"Nos amis géologues ont très bien travaillé malgré des conditions
de glace assez peu propices aux prospections diverses et variées,
cette publication (disponible sur demande) est la preuve évidente
des compétences de la science française dans le domaine concerné,
à savoir les plaisanteries et la bonne humeur !!" (Franck, responsable
logistique)
"On prend les mêmes et on recommence. Et bien non, chaque jour de
ce deuxième voyage ne fût à nul autre pareil. Chaque petit matin apporta
son lot de surprises, glacées, géologiques, ou bien humoristiques.
Je garderai toujours au coeur le souvenir, oh combien vivant, de ces
moments 'givrés' mais si chaleureux." (Jean-Paul, géologue)
(extraits du livre d'Or de Vagabond)
Ce soir, alors que l'équipe chargée du retour de Vagabond vers Saint-Quay-Portrieux
prend ses quartiers, nous avons la chance d'accueillir à bord Emmanuelle
et Max, présentés précedemment.




Ammassalik,
le 8 août 2001,
1er
août. Pour la première fois de l'été, nous tentons de faire le tour
de l'île d'Ammassalik en passant par le sud. Ces parages là, Vagabond
s'en souvient pour y avoir lutté en dérivant pendant deux jours parmi
de grosses plaques de glaces, début juillet...
Marc, fraîchement arrivé, prend sans hésiter son poste dans le nid
de pie : c'est la première ascension de notre marin montagnard ! Cléo,
Piem, France et moi guettons d'en bas. 2 sont armés de perches, un
autre transmet les infos au barreur. Nous avons beau être concentrés,
la magie de la navigation dans le pack nous reprend, dans cette belle
atmosphère un brin bruyante. Tout ce blanc vit, arrêté sur tribord
par les hautes montagnes, respirant sur bâbord jusqu'à la mer ouverte...
que l'on ne distingue même pas à l'horizon.
Le pack s'annonce dense mais un passage devrait se dessiner proche
de la côte. Soudain nous apercevons venant d'en face une coque rouge
munie de deux petits mâts caractéristiques : c'est le Timmik, le bateau
de l'hotel d'Ammassalik, bien motorisé, qui file le long de la côte.
Par VHF, je lui demande quelques infos sur les glaces. Il revient
d'Ikatek où nous allons : 'Nous avons pu nous y rendre sans trop de
difficultés, mais les glaces se resserent très vite actuellement,
et nous ne sommes pas sûr de pouvoir rejoindre Ammassalik facilement'.
Le courant agit vite, nous sentons de l'inquiétude dans ses mots.
Un autre appel VHF nous apprend que Soren, notre fidèle interlocuteur
de Radio Ammassalik est aussi dans les parages. Rapidement, il est
juste derrière nous puis nous double tout guilleret sur son embarcation
originale, très fier de sa nouvelle chambre d'expansion qui lui sert
aussi de fourneau à l'air libre pour cuire ses saucisses. D'ailleurs,
il est prêt à amorcer un détour pour nous les faire goûter avant de
rentrer sur Ammassalik ! Le pack se resserre et le soleil tombe derrière
les montagnes, les conditions ne sont plus les siennes.
Après cette dernière rencontre, Vagabond s'enfonce dans la glace plus
dense en commençant à batailler à l'aide des perches à glaces. Le
passage le long de la côte est étroit et s'il existe, c'est surtout
grâce aux hauts fonds et aux cailloux qui affleurent. Les parties
immergées des plaques de glaces sont énormes et occupent souvent ce
que nous pensons être des espaces libres. Coincé sur l'une d'elles
à moins de dix mètres des rochers, Vagabond une fois de plus nous
prouve ce dont il est capable à l'aide de ses deux moteurs et des
bras énergiques qui guident l'étrave en poussant sur la glace. Heureusement,
le pack se disperse progressivement et nous slalomons en profitant
des douces lumières du soleil qui se couche. Nous apprécions de l'intérieur,
un chocolat bien chaud entre les mains, les icebergs qui se teignent
de rose, le contraste avec ce ciel si bleu, la pleine lune toute rose
qui se lève. Sur le pont, le froid nous pique le temps d'une photo.
L'entrée dans le grand fjord Sermilik est toute aussi majestueuse.
Après une lente approche d'Ikateq dans la pénombre, Vagabond se faufile
entre une poignée d'îles où l'on distingue quelques maisons, mais
aucune lumière. Mystère... La carte marine dit peu de choses, autant
sur les fonds que sur un éventuel mouillage privilégié alors, après
quelques tâtonnements nous jetons l'ancre en remettant au lendemain
la découverte du village. Il est minuit et nos yeux sont encore remplis
des images de ces sept belles heures de navigation.
Avec Marc à bord, nous ne manquons pas une occasion pour crapahuter
sur la glace. Encordés, équipés de crampons et piolets, nous prenons
un peu d'altitude sur un glacier choisi, ou bien descendons dans les
crevasses. Dans le fond du fjord Tasilaq, depuis un gigantesque glacier
sans nom, nous apercevons les tentes des 3 canadiennes, trop loin
pour les y rejoindre. Elles sont probablement en pleine ascension,
et semblent s'être bien installées pour leurs deux dernières semaines
d'autonomie. Je rencontre Dave à l'aéroport de Kulusuk 2 jours plus
tard, il a passé un mois avec elles, et il me fait part de la réussite
de leur entreprise. A leur actif, une belle ascension de 47 heures
avec 2 bivouacs en paroi.
Position des kayakistes au 5 août : 66 37 55 Nord, 34 20 39 Ouest,
ils ont déjà passés le cap Gustav où nous avons travaillé l'an dernier
avec les géologues. Les glaces y sont moins denses selon eux. Nous
préparons le dernier dépôt de vivres.
Vagabond s'apprête à accueillir, vendredi 10 août, le reste de l'équipe
scientifique, afin de partir pour 3 semaines d'expédition géologique,
à 500 km au nord d'Ammassalik. Franck, responsable logistique de l'Institut
Polaire, et Jean-Paul, géologue, ont embarqué hier soir à Kulusuk,
peu après l'arrivée de Jacques et Samuel, chargé de la réalisation
d'un film.
Hanz-Peter, d'Ammassalik, me donne ses conseils sur la route, m' indique
les glaciers et fjords dangeureux, les hauts fonds, les zones très
fréquentées par les ours polaires. Il mentionne plusieurs inuits qui
sont en train de chasser là-bas.
L'aventure continue sur le site, bien
que notre webmaster ait quitté le bord après une bonne plongée sous
la glace. Il cherche maintenant les sources d'eaux chaudes islandaises.
Eric (et France !)

Ammassalik,
le 31 juillet 2001,
27 juillet, Vagabond est à l'ancre devant le petit
village de Tiniteqilaq, au bord du grand fjord Sermilik, toujours
encombrés de magnifiques icebergs. Nous sommes à l'abri pour laisser
passer un coup de vent annoncé depuis 2 jours par Radio Ammassalik,
et pour rendre visite à Max.
Max était jeune marseillais quand il est arrivé ici il y a 12 ans.
Il est maintenant chasseur et guide, parfaitement intégré au sein
de la petite communauté groenlandaise.
Max passe en kayaks devant Vagabond et m'invite à le suivre en annexe
vers la petit baie voisine où il va nourir ses chiens avec un phoque
fraichement tué. Piem et Nicole sont avec moi, et nous assistons à
la découpe méthodique de l'animal, qui est entièrement distribué entre
ses 16 chiens attachés chacun par une chaine à côté d'un petit court
d'eau. Max répond patiemment à toutes nos questions sur sa vie, sur
les chiens, sur les déplacements en traineau en hiver...
Plus tard, chez lui, autour d'un grand plat de viande de phoque offerte
par son voisin quelques heures auparavant (délicieux avec de la moutarde),
il poursuit modestement ses explications sur la vie d'un chasseur
à Tiniteqilaq. Il nous confie aussi son projet d'expédition autour
de la région, 3 semaines à ski sur l'inlandsis pour contourner tous
les fjords.
Max, sa femme, et 3 enfants viennent ensuite se joindre à nous pour
un repas à bord du bateau. Je savoure énormément le fait de pouvoir
rendre l'accueil et inviter chez moi. Je vis pleinement ce profond
désir si souvent ressenti en voyageant, de pouvoir recevoir à mon
tour et remercier l'hôte. 15 à table pour un poulet au citron, il
y a du pain frais qui sort du four (bravo Christiane), du saucisson,
un peu de fromage, et de la crème dessert. Max et sa famille nous
quittent enchantés, nous le sommes tous.
Nous avons pour mission de se rendre au camp de base des canadiennes,
pour leur proposer de revendre à Max du matériel d'alpinisme une fois
leurs ascensions terminées, à la fin du mois d'août.
Dernière nouvelle, les kayakistes Christian et François ont récupéré
les vivres déposées il y a 10 jours, et nous préparons le dépôt suivant.



Ammassalik,
le 23 juillet 2001,
Depuis
3 semaines, les émotions fortes et rencontres se sont enchainées,
tant et si bien que mon journal est encore à l'état de notes succintes...
mais je ne désespère pas vous le faire partager bientôt. En attendant
un récit plus complet de notre périple, voici quelques instants choisis.
Le 7 juillet, les 3 alpinistes canadiennes embarquées à Reykjavik,
accompagnées de Dave leur photographe, sont déposés par Vagabond avec
leur 300 kg de matériel au fond du fjord Tasilaq, proche du massif
Schweizerland où se trouvent les pics de granit du cirque de Fox Jaw.
L'expédition est partie pour 1 mois et demi à l'assaut de nouvelles
voies.
Le 10 juillet, après avoir préparé leurs 2 kayaks, apportés par Vagabond
depuis la Bretagne, et après avoir mis au point les dépôts de vivres
et les procédures de communications avec Vagabond, Christian et François
ont quitté Ammassalik vers le nord, prêts à pagayer pendant 2 mois
le long de la côte Est du Groenland. Le premier dépôt de vivres n'a
pas pu avoir lieu exactement à l'endroit prévu (66°N) en raison des
glaces dérivantes trop nombreuses, et n'a pu être réalisé qu'à l'aide
des combinaisons de survie, en marchant sur les plaques de banquise
et en nageant jusqu'à la côte. Grâce aux vacations radio avec Pierre
et aux échanges par satellite avec Marc, la position précise des vivres
a pu leur être transmise. Nous suivons de près leur progression et
envisageons de reprendre ces vivres pour les redéposer plus loin,
si les glaces veulent bien se disperser un peu plus.
Dimanche 22 juillet 2001, Vagabond dérive doucement vers la sortie
du fjord d'Ammassalik, entouré par le pack trop dense. Le mouillage
pris pour la nuit devant Kummiut n'a pas tenu, l'ancre a été arrachée
par les glaces dérivantes, alors nous profitons de la marée descendante
pour tenter de faire quelques milles, en espérant trouver une eau
plus libre bientôt. La marée remonte, le pack se resserre, nous attendons
la marée descendante suivante... En vain. Atteindre Kulusuk n'est
finalement pas possible, et après 24h d'efforts, à pousser les glaces,
à attendre, à longer la côte au risque de toucher le fond (ce qui
arrive, instants d'inquiétudes...), nous jetons l'ancre à Ammassalik
ce matin très tôt. Les vagabondeurs en partance doivent prendre l'hélicoptère
pour rejoindre l'aéroport de Kulusuk, même chose pour ceux qui embarquent
aujourd'hui. Par chance, la météo est excellente, la vue de la banquise
disloquée à la dérive doit être inoubliable...
Les rencontres avec Hans-Peter, groenlandais, professeur de mathématique
à Ammassalik, avec Emmanuelle Saliou, bretonne, employée au service
de philatélie d'Ammassalik depuis 5 ans, et avec Max Audibert, marseillais,
chasseur de phoques et guide depuis 12 ans à Tiniteqilaq, nous ont
autant passionnées que la découverte des fjords, des glaciers, des
villages de la région, de la vie à bord de Vagabond.
Demain, 24 juillet, toute l'équipe de Vagabond est invitée à l'inauguration
de la nouvelle exposition permanente sur Paul-Emile Victor, au Musée
d'Ammassalik.

Ammassalik,
le 4 juillet 2001,
Après 2 jours de tentatives pour franchir les glaces dérivantes,
Vagabond a atteint Ammassalik (côte Est du Groenland) mardi
après- midi, aidé des 8000 chevaux du Kista Arctica.
Toute l'équipe est en forme, l'aventure continue au gré
des glaces, un récit plus détaillé sera prochainement
sur le site.

Reykjavik,
le 22 juin 2001,

Vagabond et son équipage son arrivés
en Islande ce matin à 3h (5h en France), récit de notre périple
dans quelques jours.

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